« un magnifique duo ! | Page d'accueil | suite »
16.05.2007
el che petite bio
Le jeune Ernesto
Ernesto Guevara de la Serna est né le l4 juin 1928 à Rosario, en Argentine. En l937, Ernesto a 9 ans et il est en troisième année. Enthousiaste, il suit la guerre civile espagnole en reportant jour après jour l’évolution militaire du conflit sur une carte.
A 15 ans, Ernesto Guevara organise sa première action de protestation. Celle-ci est dirigée contre les ouvriers communaux qui empoisonnent les chiens errants: sa chienne, Negrina, a été victime de ces empoisonnements.
A 17 ans, il commence à se constituer un dictionnaire phiiosophique qu’il complétera et remaniera au cours de différentes périodes de sa vie. Il s’agissait de sept cahiers, dont les deux premiers contiennent toute une série de concepts généraux sur les tendances et courants dans l’histoire de la philosophie et des sciences sociales. Le troisième cahier contient des remarques et des commentaires à propos de la vie et de l’oeuvre de Karl Marx, de l’origine de la philosophie marxiste, ainsi que des notes sur la lecture des ”classiques” marxistes et sur le socialisme et les concepts essentiels du marxisme-léninisme. Les cinquième et sixième cahiers traitent respectivement de son étude de la philosophie et des définitions quant à l’origine et à l’essenre de l’humanité. Le septième cahier ne se trouve pas dans les archives.
Ernesto Guevara rencontre la jeune Berta Gilda Infante, surnommée Tita, en l947. Elle est membre de la jeunesse Communiste Argentine. Ils bâtissent une amitié solide et profonde. Ensemble, ils lisent des textes marxistes et discutent de l’actualité.
En 1948, Ernesto Guevara, qui a 20 ans, expédie son examen d’entrée à la faculté de médecine de l’Université de Buenos Aires. En mars, il réussit ses examens de première année, en juin, ceux de deuxième année, et en décembre, ceux de troisième année. Dans son dossier à l’université, on peut lire que malgré son asthme il pratique activement certains sports, parmi lesquels le rugby, l’athlétisme, la natation et le football. Par ailieurs, il éprouve un vif intérêt pour les échecs, le dessin, la littérature et la photographie d’art.
Le 1er janvier 1950, Ernesto Che Guevara entreprend sa première grande randonnée. Il sillonne en tous sens les provinces septentrionales de l’Argentine avec un vélo sur lequel il a monté un petit moteur. Il arrive à San Francisco del Chañar, dans la région de Córdoba, où son ami Alberto Granado a ouvert la pharmacie d’un centre contre la lèpre. Il a avec les patients de longues conversations à propos de leur maladie.
Il poursuit ses études universitaires et concentre surtout son intérêt sur l’examen scientifique des allergies, de l’asthme, de la lèpre, ainsi que sur la diététique. Chez lui, il entame des expériences scientifiques sur dés chiens et des lapins. Il a maille à partir avec ses voisins qui craignent d’être contarninés.
Tout en poursuivant ses études, il travaille comme infirmier sur les cargos et pétroliers de la marine rnarchande nationale de l’Argentine. C’est ainsi qu’il voyage du sud de l’Argentine jusqu’au Brésil, au Venezuela et à Trinidad.
En voyage à travers l’Amérique latine (1952)
En octobre, il décide d’entreprendre son premier voyage à travers l’Amérique latine. En janvier l952, en compagnie d’Alberto Granado, il se met en route avec une vieille motocyclette Norton 500 cc.
Lors de leur arrivée à Valdivia, au Chili, un journal local publie une interview sous le titre ”Deux intrépides motocyclistes argentins de passage à Valdivia.” A Temuco, cela devient: ”Deux experts argentins de la lèpre traversent l’Amérique latine à motocycletce.”
A Valparaiso, il écrit dans son journal: ”Nous allons o lo recherche des quartiers les plus pauvres de la ville. Nous bavardons avec les nombreux mendiants. Notre nez respire attentivement la misère. ” 7 mars. Ernesto rencontre une femme plus âgée. Elle est malade et vient d’être licenciée. Il écrit: ”Dans de tels cos, un médecin, conscient de son infériorité totale vis-à-vis de l’environnement, va imposer un chongement. Quelque chose qui va abolir une telle injustice (...). C’est ici que l’on apprend à comprendre la tragédie du prolétariat du monde entier. Ces yeux moribonds essaient servilement de s’excuser, et souvent, il y a aussi cette demande désespérée de consolation qui se perd à lo hâte. Jusque quand cet ordre des choses, basé sur un absurde sentiment de classe, continuera-t-il à exister ?”
10 mars 1952. A Cuba, le général Fulgencio Batista s’empare du pouvoir grâce à un coup d’Etat particulièrement violent. Les protestations de masse sont brutalement réprimées.
Le 12 mars, à Baquedano: ”Là, nous faisons la connaissance d’un jeune couple de travailleurs chiliens, des communistes. A la lumière d’une bougie, nous avons bu du mate et nous avons grignoté un morceau de pain avec du fromage. Le comportement étriqué du mineur conférait à l’ensemble une ambiance à la fois mystérieuse et tragique. Dans son langage simple, il nous a parlé de ses trois mois de prison, de sa femme affamée qui l’a suivi fidèlement, de ses enfants qui ont été recueillis par des voisins, de ses démarches infructueuses en quête de travail, de ses copains qui avaient disparu de façon mystérieuse, et dont on raconte qu’ils ont été largués en mer. Ce couple transi de froid, cet homme et cette femme blottis l’un contre l’autre dans le désert nocturne, sont une représentation vivante du prolétariat de la terre tout entière, où que l’on soit... Ils n’avaient même pas une couverture pour se couvrir. Nous leur avons donné les nôtres. Je n’ai jamais eu aussi froid que cette nuit, mais en même temps, je me sentais un peu plus rattaché à cette partie de l’espèce humaine qui m’était inconnue.”
Le lendemain, il visite les mines de Chuquimata et fait une analyse de l’exploitation des mineurs par les entreprises nord-américaines. A propos du Chili, il écrit ”L’effort le plus important doit être consacré à se débarrasser de l’emprise particulièrement déploisante de ’l’ami yankee’. Pour l’instant, il s’agit certainement d’une tâche gigantesque, en raison de la grande quantité de dollars qui ont été investis ici, et de la grande facilité avec laquelle ils peuvent exercer des pressions économiques lorsqu’ils savent que leurs intérêts sont menacés.”
Le 24 mars, il arrivent à Tacna, au Pérou. Après une discussion au sujet de la pauvreté dans la région, il rappelle dans ses notes les mots mêmes de José Marti: ”Je veux lier mon sort à celui des pauvres de ce monde.” (Il s’agit d’une phrase extraite de la chanson mondialement connue: Guantanamero)
28 avril. Le Che arrive à San Ramán. Dans son journal, il décrit la technique qu’ils utilisent pour se procurer de quoi manger:
1. Nous commençons par une phrase que nous prononçons de telle sorte que l’on nous prend pour des étrangers. Le ’candidat’ tombe dans le panneau et nous demande d’où nous venons.
2. Nous parlons prudemment de nos nombreuses difficultés, en tenant les yeux continuellement ouverts.
3. Brusquement, je demande la date. Alberto soupire et s’écrie: ’Tiens, c’est vraiment un hasard, ça fait tout juste un an!’Naturellement, le candidat demande: ’Un an que quoi?’ et nous répondons que cela fait précisément un an jour pour jour que nous avons commencé notre voyage.
4. Alberto, qui a beaucoup plus d’imagination que moi pour monter des combines, lâche un énorme soupir et me dit presque en aparté: ’Comme c’est dommage que nous en soyons arrivés là, autrement, nous aurions pu organiser une petite fête. ’ Le candidat propose immédiatement de nous offrir à manger. Pendant un bout de temps, nous refusons, disons que nous ne pouvons accepter une telle chose, jusqu’au moment où nous finissons par occepter.
5. Après le premier petit verre, je refuse pertinemment d’en accepter un second. L’homme qui régale insiste. Je refuse sans donner la moindre explication. L’homme continue d’insister, et c’est à ce moment que je lui avoue avec beaucoup de honte qu’en Argentine nous ne buvons jamais sons manger en même temps.
Le 1er mai, nous arrivons à Lima. Le Che y rencontre le docteur Hugo Pesce, un scientifique péruvien, directeur du programme national contre le lèpre, et marxiste important. Pendant plusieurs nuits, ils discutent jusqu’au petit matin. Des années plus tard, le Che déciarera que ces conversations avaient eu une grande influence sur son changenent d’attitude à l’égard de la vie et de la société.
Le 17 mai, il s’en va à desanation du centre contre la lèpre de San Pablo, dans la partie du Pérou située en forêt amazonienne. Il y arrive le 7 Juin. Lors de sa visite des lieux, il déplore les conditions lamentables dans lesquelles doivent vivre les malades et les habitants de la région. Pas de vêtements, presque pas de nourriture, pas de médicaments. Après avoir travaillé quelques semaines, il s’en va, empruntant l’Amazone pour se rendre à Leticia, en Colombie.
Le 2 juillet, il arrive à Bogota, et il écrit:”En ce qui concerne les droits de l’individu, ce pays en est ou point le plus grove de tous les pays que nous avons visités. La police patrouille dans les rues, le fusil sur l’épaule, et demande à tout bout de champ à voir votre passeport, bien que toute une série de policiers vous l’aient déjà demandé plus tôt. Il règne ici un climat tendu, comme si on s’attendait a ce qu’à court terme il y ait des troubles.”
Le l7 juillet, il arrive à Caracas. Il y décide de rentrer à Buenos Aires afin de terminer ses études de médecine. Il voyage à bord d’un avion de marchandises qui transite par Miami, où des problèmes techniques à l’appareil l’immobilisent pendant un mois. Pour survivre, il travaille comme serveur et plongeur dans un bar. Régulièrement, la poiice l’arrête et l’interroge. Elle veut savoir s’il est communiste, ou si son père est communiste ou si sa mère est communiste. Le 31 août, il est de retour à Buenos Aires.
En route vers la révolution (1953)
Che Guevara termine ses études au début de l953. Il est convoqué pour le service militaire, mais il est déclaré inapte. Le 7 juillet, il emprunte un tortillard pour se rendre à La Paz, en Bolivie, 6000 km plus loin. Le Che arrive à Panama fin octobre. Il est indigné par le compartement servile des dirigeants panaméens vis-à-vis des États-Unis. Au Costa Rica, il apprend à connaître la domination de la United Fruit et l’exploitation et la misère qui en découlent. Dans une lettre à sa tante Beatriz, il écrit ”A El Paso, j’ai traversé les vastes domoines de la United Fruit. Une fois de plus, j’ai pu me convaincre à quel point ces pieuvres capitalistes sont criminelles. Sur un portrait du vieux et regretté camarade Staline, j’ai juré de ne m’accorder aucun répit tant que ces pieuvres capitalistes ne seront pas détruites. Au Guatemala, je veux me perfectionner afin de devenir un authentique révolutionnaire.”
En passant par le Nicaragua, le Honduras et le Salvador, le Che arrive fin décembre au Guatemala, où Jacob Arbenz dirige un processus révolutionnaire. Dans une lettre à sa mère, il écrit:”J’ai enfin atteint mon but (...). Je pense que je vois rester ici environ deux ans, si tout va bien.”
1954
l4-l5-l6 juin. Le Che découvre comment les avions nord-américains survolent le Guatemala et bombardent les installations militaires et les quartiers pauvres. Il écrit: ”Cet incident a réuni tous les Guatémaltèques et leur gouvernement, ainsi que tous ceux qui, comme moi, ont été attirés par le Guatemala.” Les États-Unis choisissent Castillo Armas comme ”dirigeant” du coup d’Etat. Le 18 Juin l954, il assiste au putsch que les États-Unis ont fomenté et organisé contre le gouvernement Arbenz. Il transporte des armes, essaie de rassembler quelques jeunes afin de combattre et aide à mettre en sécurité certains dirigeants politiques ainsi que d’autres personnalités. Le 20 juin, dans une lettre à sa mère, le Che écrit: ”Ces attaques, au même titre que les mensonges de la presse internationale, ont réveillé les indifférents. Il règne ici un climat combatif.Je me suis présenté comme volontaire dans les services d’assistance médicale et je me suis inscrit au sein de la brigade des jeunes afin de recevoir une instruction militaire et de pouvoir aller la où le besoin s’en fait sentir.”
Le 26 juillet, la radio annonce le renversement du président Arbenz et l’exil de presque tous les dirigeants politiques et de leurs familles. Cela provoque des troubles graves parmi le peuple révolutionnaire. Le Che déclare: ”Au Guatemala, il était indispensable de combattre, et presque personne ne l’a fait. Il fallait offrir une résistance et presque personne ne l’a fait non pius.” La répression se déclenche. Les ambassades latino-américaines se remplissent de réfugiés politiques. Le Che est désigné comme un dangereux communiste argentin et ne peut de ce fait rester au Guatemala: ”J’ai pu m’enfuir au Mexique lorsque les agents du FBI étaient déjà occupés à arrêter tout le monde et à assassiner ceux qui représentaient un danger pour le gouvernement de la United Fruit.” A Mexico, Che Guevara essaie de gagner sa vie comme photographe dans les jardins publics.
1955
Au début de I955, il trouve du travail comme médecin dans ”l’Hospital Central” de la ville. En juin, il rencontre Raul Castro. Ils sympathisent et deviennent amis. Raul l’aide à attraper des chats de gouttière que le Che utilise pour ses expériences scientifiques. Le 8 juillet, Fidel débarque dans la capitale mexicaine. A propos de leur première rencontre, le Che déclarera ”J’ai appris à le connaître au cours d’une de ces nuits fraîches de Mexico et je me souviens que notre première discussion tournoit autour de lo politique internationole. Qvelques heures plus tard, au cours de cette même nuit - le matin approchait - j’étais un des futurs participonts à l’expédition du ’Granma’.” Fidel Castro dira de cette rencontre: ”Il connaissait beaucoup de choses sur le marxisme-léninisme, il était autodidacte, très désireux d’apprendre, et c’était un convaincu. Lorsque nous avons rencontré le Che pour la première fois, c’était déjà un révolutionnaire formé.”
1956
En avril 1956, à la demande de Fidel, le Che loue une petite ferme afin d’organiser des exercices pratiques en compagnie des futurs membres de l’expédition. A ce propos, le Che raconte: ”L’impression que j’avois déjà dès le début, à l’écoute des premières leçons, c’était qu’il existait de réelles possibilités de victoire. Cela ne me paraissait plus faire aucun doute, déjà au moment où j’ai appris à connaître le dirigeant des rebelles.”
Le 24 juin, Che Guevara est arrêté par la police mexicaine, en même temps que des camarades cubains. Le 3 juillet, l’agence de presse UPI annonce: ”Le médecin argentin Guevara va être déporté vers son pays d’origine, du fait de sa participation présumée à la conjuration avortée contre le gouvernement cubain de Fulgencio Batista.” L’ancien président du Mexique, Làzaro Càrdenas, intervient afin de défendre les révolutionnaires cubains. Fin juillet, les derniers, parmi lesquels Che Guevara, sont libérés. Désormais, c’est dans la clandestinité qu’ils poursuivent leurs activités révolutionnaires.
Avec Fidel à Cuba
25 novembre: Le yacht Granma, avec 82 hommes à bord, quitte le Mexique par l’embouchure du fleuve Tuxpàn. C’est une nuit de tempête. Le Che fait partie de la direction de l’expédition. Plus tard, il écrira à ce sujet: ”Nous avons quitté le Tuxpàn tous feux éteints. Notre petit bateau était bondé d’hommes et de motériel. (...) Une fois sortis du port, les feux ont été allumés. Tous cherchaient désespérément des comprimés contre le mal de mer. Ils semblaient absents. Alors, nous nous sommes contentés de chanter l’hymne populaire cubain ainsi que le chant du ’MR-26 Julio’. A la suite de quoi le bateau tout entier a pris un aspect tragi-comique: des hommes aux regards chargés d’angoisse, et avec les mains posées sur l’estomac. Quelques-uns aussi la tête plongée dons un seau, d’autres prostrés sans mouvement dans les positions les plus étranges, les vêtements couverts de vomissures.”
Le 2 décembre, ils accostent à Los Cayelos, sur la côte orientale de Cuba. Le lendemain, les journaux cubains et latino-américains parlent de l’expédition. Au Mexique: ”Invasion de Cuba par bateau... Fidel Castro, Ernesto Guevara, Raul Castro et tous les autres membres de l’expédition ont trouvé la mort...” Leur arrivée est découverte et on les pourchasse. Le groupe éclate. Le 5 décembre, à Alegria del Pino, Che Guevara tombe dans une embuscade. Voici ce qu’il écrira plus tard à ce sujet: ”Jai été blessé au cou. Je suis resté en vie grâce à ma chance de pendu. Une balle de mitrailleuse a été arrêtée par une boîte de balles que je portais sur ma poitrine, et a ensuite frôlé mon cou... ”Avec l’aide des autres, il peut s’enfuir dans les cannes à sucre. Dans ces circonstances, le Che a dû faire le choix tant décrit déjà entre sa tâche comme médecin ou son devoir comme soldat révolutionnaire. Pour fuir, il doit choisir entre un sac à dos rempli de médicaments et une caisse de balles. Il est impossible de les emporter tous les deux. Le Che prend la caisse de balles et se hâte de disparaître dans les cannes à sucre. Plus tard, ils laissent une grande partie de leur chargement chez un paysan. Le 21 décembre, le groupe du Che atteint enfin la plantation de café où Fidel l’attend déjà depuis quelques jours.
1957
Le l7 janvier, ils attaquent la caserne de La Plata. Le Che: ”La Plato a été notre premère victoire. Pour tout le monde, il était clair que l’Armée Rebelle existait et qu’elle était prête pour la lutte. Pour nous, c’était la confirmation des chances de victoire finale.” Les embuscades et les combats s’intensifient en nombre. L’armée se livre à des bombardements. En avril, il organise sur ordre de Fidel des contacts de plus en plus étendus avec les paysans afin de créer des bases de soutien à travers le territoire. Des années plus tard, le Che décrira: ”La guérilla et les paysons se sont progressivement unifiés. sans que l’on puisse dire quand cette véritable unité s’est vraiment accomplie. Je sais seulement que ces contacts avec les paysans des montagnes ont fait rapidement basculer la décision spontanée dans une relation sereine et sérieuse. Ces habitants honnêtes et opprimés de la Sierra Maestra n’ont jamais su quel rôle important ils ont joué dans la formation de notre idéologie révolutionnaire.”
Le 26 juin, on peut lire dans le journal du Che:”Dans les montagnes, je me suis vu décerner le titre d’ arracheur de dents’. Ma première victime a été Israel Prado. Il s’en est bien tiré. Mais avec Joel Iglesias, j’ai eu moins de succès. La seule chose que je n’ai pas essayée, cela a été une cartouche de dynamite afin d’enlever sa dent... mes efforts sont restés vains.”
En juillet, le Che commence l’alphabétisation de Joel et d’Israel, ainsi que d’autres guérilleros. Les autres aussi sont organisés en cercles d’étude, sur l’histoire de Cuba, sur les caractéristiques de l’armée de la tyrannie et sur l’importance de la lutte armée. Le 21 juillet, Fidel nomme le Che au grade de commandant. A ce sujet, le Che écrit: ”De façon très informelle. j’oi été nommé commandant de la seconde colonne de l’armée de guérilla. (...) Ce jour-là, la dose de vanité que chacun porte en soi a fait de moi l’homme le plus fier du monde.”
Le 17 septembre, cinq camions de l’armée tombent dans une embuscade des rebelles. Le Che: ”Dans le premier camion, il y avait eu deux tués. L’un des deux était un blessé grave qui, dans son agonie. faisait encore des tentatives pour se défendre et qui avait été achevé sans qu’on lui laisse la moindre chance de se rendre. Ce méfait venait d’un camarade dont la famille entière avait été assassinée par l’armée de Batista. (...) Un soldat qui s’était dissimulé sous une couverture implora qu’on ne le tue pas: il ovait une fracture ouverte à la jambe et gisait près de l’un des camions alors que le combat se poursuivait. Chaque fois qu’un guérillero passait dans ses poroges, il iui criait: Ne me tuez pas, ne me tuez pas! Le Che dit qu’on ne peut pas abattre les prisonniers!’ Après le combat, nous l’avons soigné et libéré par la suite.”
1958
Le 6 janvier, le Che écrit à Fidel: ”J’ai déjà dit que ce mérite te serait toujours porté en compte: avoir démontré que la lutte armée avec le soutien du peuple était possible en Amérique.” Le 18 février commencent les premières véritables émissions de ”Radio Rebelde”. A propos de ces premières expériences, le Che fait le commentaire suivant: ”Les seuls auditeurs que nous avions à l’époque étaient Pelencho, un paysan dont la cabane se trouvait sur une déclivité exactement en face de notre émetteur, et Fidel, qui était en visite à notre camp en préparation de l’attaque contre Pino de Agua”. A ce sujet, le journal Tiempo, à La Havane, écrit: ”Des groupes de rebelles, sous la direction d’un agent communiste international, connu sous le nom de Che Guevara, et un des lieutenants de Fidel Castro dans la Sierra Maestra, ont lancé une attaque surprise contre la caserne de Pino de Agua.”
Au cours de ce même mois de février, le Che est interviewé devant les micros de Radio El Mundo de Buenos Aires: ”Je suis tout simplement venu ici parce que je pense que la seule manière de libérer l’Amérique des dictateurs consiste à les battre. Je veux donner toute l’aide possible pour les faire tomber, et le plus vite sera le mieux.”
”Ne craignez-vous pas que votre intervention soit cataloguée d’ingérence étrangère?”
”Pour commencer, je ne considère pas la seule Argentine comme ma patrie, mais toute l’Amérique. Sur ce plan, je m’en réfere à des exemples comme Marti, et c’est précisément sur sa terre natale que e je veux concrétiser sa doctrine. En autre, on peut quand meme difficilement appeler cela une ingérence lorsque je veux me donner personnellement et totalement - en allant jusqu’à donner mon sang - à une cause qui me semble juste et qui est totalement celle du peuple. Un peuple qui veut se libérer d’une tyrannie qui elle-même acciama sérieusement l’ingérence armée d’une puissance étrangère: des avions, des armes et des conseillers militaires. Jusqu’à présent, il n’est pas un seul pays qui ait dénoncé cette ingérence nord-américaine dans les affaires cubaines, pas un seul journal qui n’accuse les Yankees d’aider Batista à massacrer son peuple.”
Les 24 et 25 mai, les troupes dictatoriales attaquent deux mines dans la Sierra Maestra. C’est le début d’une grande offensive. Avec sa colonne, le Che participe à la défense du bastion de l’Armée Rebelle dans la Sierra Maestra. A ce sujet, il écrira plus tard: ”Fidel s’en tenait au principe que le plus important n’était pas les troupes ennemies, mais bien la quantité d’hommes dont nous aurions eu besoin afin de rendre notre position invulnérable. C’était notre tactique et c’est pourquoi nous rassemblions toutes nos troupes autour du quartier général, afin de constituer un front compact. ll n’y avoit pas plus de 200 fusils utilisables lorsque le 25 mai éclata l’offensive attendue, au milieu d’un meeting que Fidel tenait avec quelques paysans. ”
Les troupes ennemies font irruption le 19 juin en différents points de la Sierra Maestra et menacent de progresser. En outre, elles occupent les lignes de ravitaillement et de communication. Au cours des jours qui suivent, le Che participe à une contre-attaque qui se solde par une défaite de l’ennemi, une force militaire de plus de 10.000 hommes. Le 21 août, Fidel écrit: ”La mission d’accompagner une colonne à partir de la Sierra Maestra jusqu’à la province de ’Las Villas’, et là, d’opérer selon le plan stratégique de l’Armée Rebelle, est confiée au commandant Ernesto Che Guevara. (...) Il est également nommé chef de toutes les unités du ’MR-26 Julio’ qui opèrent dans cette province, tant dans les villes qu’à la campagne. (...) La huitième colonne aura comme but stratégique de harceler sans cesse l’ennemi au centre de Cuba et d’intercepter les mouvements au sol des troupes ennemies de l’Ouest vea l’Est jusqu’à ce qu’ils soient complètement paralysés.”
Le 26 octobre, le Che attaque la caserne de Güinia de Miranda. Il déclenche une salve de bazooka destinée à régler l’attaque. Les 14 soldats qui se trouvent dans la caserne se rendent. Au cours d’actions qui ont lieu en novembre-décembre à Escambray, il réorganise les troupes d’invasion, ajoute les troupes de guérilla du ”MR-26 Julio” à sa colonne, et installe les forces clandestines de la plaine sous son commandement. Il lance le projet de réforme agraire à Escambray. Il fonde des camps d’entraînement et lance des attaques contre les casernes de la tyrannie.
Le 4 décembre, ”Radio Rebelde” annonce que sur les deux côtés de l’avion privé de l’ambassadeur de Batista au Brésil, an a apposé l’inscription suivante: MORT A BATISTA!! VIVE FIDEL CASTRO!! De crainte que l’on appose encore l’inscription ou que l’on se livre à une agression sur sa personne, l’ambassadeur décide de continuer à voler avec l’inscription. A cette information, ”Radio Rebelde” ajoute le commentaire suivant: ”N’est-ce pas amusant et extraordinaire? Personne ne comprendra qu’un ambassadeur de Batista véhicule ce message.”
Les services de renseignements révolutionnaires tiennent le Che au courant des préparatifs du train blindé. Il savait que ce dernier devait être tracté par deux locomotives et qu’il compterait 19 wagons. A l’intérieur, on avait installé des lance-grenades, des mortiers et des mitrailleuses de calibre 30, une abondance de munitions et quatre cents soldats. Che ordonne de poursuivre le dynamitage systématique des ponts et de toutes les autres liaisons. Le 16 décembre, le pont qui enjambe la rivière Falcon, sur la Route Centrale, saute, et de ce fait, désormais, toutes les villes situées à l’est de Santa Clara sont hors d’atteinte à partir de Cuba. Le 26 décembre, le Che écrit: ”La guerre est gagnée, l’ennemi s’effondre à grand bruit, dans l’Est, nous avons capturé dix mille soldats. Ceux de Camaguey n’ont plus d’issue possible. Cela n’est le résultat que d’une seule chose: notre effort. ” Le jour suivant, il décide de se mettre en marche vers Santa Clara.
Le 28 décembre, accompagné de ses troupes, il arrive dans les parages de l’université de Santa Clara. Le Che installe un poste de commandement et improvise une clinique dans la faculté de pédagogie. A 8h35, les forces aériennes bombardent les quartiers extérieurs et mitraillent tout ce qui se trouve à la ronde. Une bombe pulvérise la maternité et détruit huit maisons. Les forces de combat de la tyrannie se composent de 3000 hommes couverts par le train blindé, des chars et des avions de combat. De 10h42 à 16h54, les bombardements se poursuivent.
Sur la radio CMQ, le Che adresse un message à la paputation et lui demande de collaborer avec les rebelles.
Le lendemain, dès l’aube, il fait démolir la voie de chemin de fer et ses troupes entrent en ville. A l5 heures, le train blindé commence à faire marche arrière et parcourt 4 km, sans savoir que la voie a été détruite. Sur ce qui se passe ensuite, Che écrit: ”II y a eu ensuite une lutte enthousiaste au cours de laquelle les soldats ont été délogés du train par des cocktails Molotov. Sous le couvert de leur protection fantastique, ils n’étaient prêts qu’à combattre à distance et à partir de positions confortables un ennemi pratiquement démuni d’armes: dans le style des colonisateurs contre les Indiens dans l’Ouest des États-Unis. Ils étoient harcelés par des hommes qui depuis des points proches et des wagons sans protection jetaient des bouteilles d’essence enflammee. Et c’est ainsi que grâce aux plaques de blindage de protection, le train blindé s’est transformé en une véritable fournaise.”
La presse internationale avait annoncé au monde que le Che avait été tué au combat. En guise de démenti, ”Radio Rebelde” avait annoncé: ”Dernière nouvelle de la plus grande importance! Grande victoire de la huitième colonne de Las Villas. Un train blindé de lá dictature a été pris d’assaut et on a mis la main sur un butin de 400 armes! Des troupes sous la direction de Che Guevara se sont emparées d’un train blindé, et trois cents soldats avec leur équipement complet ont été faits prisonniers en même temps que deux wagons chargés de dynamite et d’un nombre incalculable d’armes, parmi lesquelles différents bazookas... Afin de rassurer les membres des familles en Amérique du Sud et parmi la population cubaine, nous assurons qu’Ernesto Che Guevara est en vie et qu’il continue à combattre sur la ligne de front, à partir de laquelle il ne va pas tarder à s’emparer de la ville de Santa Clara qui est assiégée depuis plusieurs jours déjà.”
Ministre révolutionnaire 1959
Dès l’aube de la nouvelle année, le dictateur Fulgencio Batista Zaldivar s’enfuit du pays. Le 9 février, le Che reqoit la nationalité cubaine. Il déclare que l’on ne doit pas s’étonner de ce qu’un étranger soit venu se battre pour Cuba, qu’il ne s’est jamais senti un étranger ni à Cuba ni dans quelque autre pays où il a mis les pieds... Naturellement, partout, ii se sent encore argentin, c’est le fondement de sa personnalité. Il déclare qu’il ne peut oublier si facilement que cela le ”mate” et l’ ”asado”. (I)
De juin à août, il voyage à la tête d’une délégation officielle, se rendant dans les Émirats Arabes Unis et en Égypte où il rencontre Nasser. Le voyage se poursuit en Inde, en Thailande, au Japon, en Indonésie et au Pakistan; au retour, ils passent par l’Europe de l’Est et l’Europe occidentale pour finir par le Maroc. A son retour, Che explique qu’il a surtout été surpris par la grande sympathie suscitée par la révolution cubaine partout dans le monde.
Le l7 octebre, Che s’adresse aux étu- diants universitaires: ”(...) entrer en contact avec le jeuple, non pour l’ ’aider’ avec ses connaissances ou quoi que ce soit - comme le ferait une dame de l’aristocratie en refilant une petite pèce à des mendiants -, mais pour faire partie des forces révolutionnaires qui dirigent Cuba aujourd’hui; pour vous mettre sur les épaules la mise en oeuvre pratique de la révolution et pour ainsi, en même temps, acquérir une expérience peut-être encore beaucoup plus importante que toutes les choses pourtant intéressantes que vous apprenez aux cours.” Le 23 novembre, il dirige la première ”journée de travail volontaire” à Cuba.
1960
Dans un discours intitulé Le médecin révolutionnaire, il dit le 19 août ”Je voulais atteindre quelque chose. devenir un chercheur célèbre, tout mettre en oeuvre pour réaliser quelque chose de valable pour l’ humanité; je voulais le faire de moi-même. J’étais – comme nous le sommes tous - un efant de la classe moyenne.
De par mes nombreux voyages à travers le continent - sauf à Haïti et en République Dominicaine, je suis jassé par tous les pays - je suis entré en contact direct avec la misère, la faim et les maladies, avec l’impossibilité de les guérir vu le manque de moyens, avec le fatalisme que provoquent la faim et les revers incessants chez les gens, (...) et j’ai commencé à voir que se ranger du côté de ces gens était au moins aussi important que de devenir un chercheur renommé ou de fournir une contribution substantielle à la science médicale.
Grâce à mon expérience au Guatemala, suite à l’agression des États-Unis, je suis devenu conscient de ce qu’il existait une condition importante pour pouvoir devenir un médecin révolutionnaire, et il s’agissait de la révolution. Les efforts isolés, individuels, les ’purs idéaux’, (...) ne servent à rien dans des pays où le gouvernement et les rapports sociaux rendent toute possibilité de changement impossible. Pour faire la révolution, on a surtout besoin de ce dont nous disposons aujourd’hui à Cuba: un peuple qui est mobilisé et qui, à travers la lutte armée, apprend ce que vaut une arme et surtout ce que signifie l’unité pour le peuple.”
Et un mois plus tard, à propos de la politique de ’diviser pour régner’ de l’impérialisme: ”lls s’introduisent là où les masses demeurent indifférentes, et ils essaient de les diviser: les noirs contre les blancs, les plus malins contre les plus lents, les analphabètes contre ceux qui sont allés à l’école, (...) et ensuite, ils les divisent encore davantage en petits compartiments, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien que l’individu, et de cet individu, ils font le centre de la société (...). Nous devons montrer au peuple que sa force consiste à ne pas se sentir mieux qu’un autre, en la connaissance de ses propres particularités individuelles, dans la conscience de la force de l’unité: que deux font toujours plus qu’un, dix plus que deux, cent plus que dix, et six miilions plus que cent!!”
Et un mois plus tard encore, dans une série d’articles sur le processus révolutionnaire cubain: ”On doit être marxiste de la même manière que l’on est newtonien en physique, ou ’pasteurien’ en biologie. (...) Le mérite de Marx est d’avoir efectué un bond qualitatif dans l’histoire de la philosophie sociale. Il interprète l’histoire, explique sa dynamique et prévoit l’avenir. En outre, il va plus loin que son simple devoir scientifique, il formule un concept révolutionnaire: il ne suffit pas de comprendre la nature des choses, il est aussi nécessaire de les modifier. L’homme cesse d’être l’esclave et l’instrument de l’histoire pour devenir l’architecte de son propre avenir.”
A la fin de I 960, les États-Unis instaurent un embargo commercial total à l’encontre de Cuba. Le Che dirige une délégation officielle cubaine au cours d’un périple effectué dans différents États socialistes: de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est à la Chine et à la Corée du Nord. De là, retour en Union soviétique, en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie. Au début de l’année 1961, les États-Unis rompent toutes relations diplomatiques avec Cuba.
1961
13 février. Au Congo, les milices réactionnaires occupent Léopoldville et le dirigeant des troupes patriotiques, Patrice Lumumba, est assassiné en même temps que ses proches collaborateurs.
Dans la revue Verde Olivo, le Che publie, en date du 9 avril, un article intitulé: Cuba, exception historique au avant-garde de la lutte néo-coloniale? A propos de l’impérialisme nord-américain, il écrit: ”Avant la victoire, ils se méfiaient de nous mais ils ne nous croignaient pas. Comme toujours, ils misaient sur deux chevaux et n’étaient pas habitués de perdre à ce jeu. Des agents du Département d’Etat – déguisés en journalistes – sont venus infiltrer les révolutionnaires dans les montagnes, mais n’ont pas réussi à contrôler le danger. Au moment où l’impérialisme a voulu réagir, lorsqu’ils se sont rendus compte que ces jeunes inexpérimentés qui défilaient triomphants dans les rues de La Havane avaient une vision claire de leur tâche politique et qu’ils étaient inébranlablement décidés à la réaliser, il était trop tard. C’est ainsi qu’a commencé la première révolution sociale des Caraibes et la plus profonde révolution des Amériques.” Plus loin, il poursuit: ”L’impérialisme a bien appris la leçon cubaine. Il ne se laissera plus jamais surprendre dans aucune des vingt républiques des Aménques. Cela signifie que ceux gui aujourd’hui veulent troubler la Pax Romana, la paix des tombes, par des révoltes populaires peuvent s’attendre à la répression par de grandes armées d’invasion. Il est donc important de savoir que, si la révolution cubaine a déjà été très dure avec ses deux années de com- bats incessants, de chaos et d’instabilité, les nouvelles confrontations avec l’impérialisme auxquelles doivent s’attendre les peuples d’Amérique latine seront encore beaucoup plus dures.”
Comme pour donner consistance à ses mots, les aéroports de Cuba sont bombardés le 15 avril par des avions américains et, le I7 avril, a lieu l’invasion de la Baie des Cochons qui se terminera en débâcle pour les États-Unis.
Pendant ses multiples visites aux coopératives agricales et aux usines, le Che, alors ministre de l’Industrie, va encourager les Cubains à développer concrètement la révolution. Il n’hésite pas à retrousser ses manches. A plusieurs reprises, il aide à rentrer les récoltes de sucre, il travaille comme maçon dans des projets de construction,... et participe avec passion à quelques-uns des nornbreux tournois d’échec qui se tiennent à Cuba.
Entre-temps, il dirige aussi des délégations cubaines à l’étranger.
En octobre 1962, Cuba est au centre de l’intérêt mondial à l’occasion de ce qu’on a appelé la crise des missiles: le président John F. Kennedy fait peser la menace d’une guerre mondiale si les missiles nucléaires que les autorités cubaines ont fait installer par l’Union soviétique ne sont pas retirés. A ce propos, le Che dit plus tard dans un discours: ”Nos ennemis sont grands, nombreux et très proches. Cuba représente beaucoup pour les États-Unis: nous sommes comme un phare, un exemple pour nos frères d’Amérique, d’Asie et d’Afrique. Pour que l’impérialisme relâche sa pression étouffante, pour qu’ils ne fasse pas de démonstration de force contre l’exemple de Cuba – qui montre aux peuples la voie de la libération – il lui faut un Cuba laminé: sa direction morte ou emprisonnée, son peuple écrasé sous la botte de l’impérialisme. Quelle voie resterait-il encore à ces peuples qui oseraient encore se dresser contre l’impérialisme yankee? C’est ce dont les Yankees rêvent chaque jour. C’est pour cela qu’ils veulent nous écraser une fois pour toutes. Ils l’ont tenté par la pression économique: ça a échoué. Puis, il y a eu l’invasion de la Baie des Cochons; elle a échoué. Ils nous ont menacé de guerre atomique; ça a aussi échoué. Malgré toutes les menaces et démonstration de force, ce peuple continue à faire front contre l’impérialisme et, une fois de plus, il a remporté lo victoire.”
1964
17 mai. Confronté à de nouvelles actions de sabotage de l’impérialisme dans un port situé au sud, le Che déclare: ”Nous avons rendez-vous avec l’histoire, et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’être effrayés! Nous devons garder le même enthousiasme et la même foi. Construire des usines de la main gauche, et brandir le fusil de la droite, et des deux talons, écraser les vers.”
Une semaine plus tard, le pape Paul VI accorde au Che une ”indulgence complète”, bien que celui-ci ne croie pas en Dieu. La demande en avait été adressée au Vatican - naturellement sans son accord - par le beau-frère de sa soeur. On ignore quelle somme a été payée au Vatican pour cette ”indulgence”.
A la fin du mois, dans un discours aux militaires, il déclare: ”L’impérialisme n’auro de cesse d’essayer de nous détruire en tant que nation et en tant que révolutionnaires. Ils n’y sont pas arrivés par la voie directe des armes, parce que la situation internationale et notre propre force les en ont empêchés. Cette force repose sur nos armes, sur notre grande force défensive, mais plus profondément encore sur la force morale de ce peuple et sur sa grande détermination à combattre jusqu’au dernier homme (...) Les États-Unis mettent tout en oeuvre pour semer le doute, la discorde et le mécontentement. Naturellement, il existe suffisamment de motifs d’insatisfaction. Notre pays ne connaît pas encore le développement économique complet qui est nécessaire pour donner à son peuple tout ce qu’il mérite. (...) L’usage à de mauvaises fins de cette situation, ce travail de sape continuel de l’ennemi - parfois subtil, parfois brutal - est bien plus dangereux, en fait, que ses attaques ouvertes.”
En août, il parle de la situation au Congo: ”Ce qui se passe en Afrique, où il y a deux ans à peine le Premier ministre du Congo a été assassiné et écartelé, c’étaient les monopoles nord-américains qui s’installaient, et la lutte pour la possession du Congo a donc été déclenchée. Pburquoi? Parce que dans le sous-sol du Congo, il y a du cuivre et des minerals radioactifs. C’est pourquoi on a assassiné un dirigeant populaire qui avait eu la naïveté de croire en la justice sans tenir compte du fait que le droit est chassé par la force. C’est ainsi qu’il est devenu un martyr de son jeuple.”
Et en novembre: ”Aujourd’hui se déroule dans le lointain - mais en même temps très proche - Congo, u’ne histoire que nous devons suivre et qui peut nous sevir de leçon. Hier, les paras belges ont occupé Stanleyville, ils s’y sont livrés à des massacres et leur point d’orgue a été de faire sauter la statue de Lumumba - c’était la raison de ces massacres. De cela, nous pouvons retenir deux choses: en premier lieu, que la bestialité inouïe et sans bornes de l’impérialisme peut frapper dans n’importe quel pays: les hordes hitlériennes étaient des bêtes, les nord-américains ainsi que les paras belges sont des bêtes aujourd’hui, et les impérialistes français étaient des bêtes en Algérie. C’est le propre de l’impérialisme de transformer l’être humain en bête, de le transformer en bête de proie assoiffée de sang, prête à trancher des gorges, à tuer et à aller jusqu’à détruire la moindre représentation d’un réelutionnaire et de tout qui combat pour sa liberté.
La statue qui nous rappelle Lumumba - aujour-d’hui, elle est détruite, mais elle ne tardera pas à se dresser de nouveau - nous rappelle également l’histoire tragique de ce révolutionnaire à l’échelle mondiale. Qu il n’a jes pu compter sur l’impérialisme, pas même un tout petit peu, non: rien. C’est sous le couvert du drapeuu des Nations Unies que Lumumba a été assassiné. Ces mêmes Nations Unies qui, d’après les États-Unis, devraient venir inspecter notre territoire!”
Deux semaines plus tard, le Che parle lors de l’assemblée générale des Nations Unies à
New York. Il dénonce en termes particulièrement forts le rôle des Nations Unies dans l’assassinat de Lumumba et dans l’installation au pouvoir de Moïse Tshombe en tant que président congolais, sans que l’on tienne compte que ce même homme, grâce à l’aide belge, avait tenté de séparer la province du Katanga du reste de la nation congolaise. ”Tous les gens libres du monde entier doivent se déclarer prêts à venger le crime perpétré au Congo.”
1965
A la nouvelle année, le Che arrive à Brazzaville et entame un voyage officiel en Afrique. De retour à Cuba, il convoque une réunion secrète composée d’une centaine de camarades qui ont une grande expérience du combat. Ce sont les futurs participants à la mission internationaliste au Congo. Le 11 février, il débarque à Dar Es Salaam en même temps que différents dirigeants révolutionnaires africains qui demandent à Cuba des armes, des entraînements et une aide financière. Il y rencontre également Laurent-Désiré Kabila et son état-major général. Ils sont bien d’accord sur une chose, c’est que le principal ennemi de l’Afrique n’est autre que l’impérialisme nord-américain. A la question de Kabila qui demande de pouvoir entraîner des guérilleros à Cuba, le Che répond par la négative et lui explique les avantages qu’il y a à entraîner ses propres troupes sur leur propre terrain.
Le 31 mars, le Che rédige sa lettre d’adieu à Fidel. Plus tard, il apparaîtra que le Che, évidemment dans le plus grand incognito, s’est rendu au Congo. Les États- Unis déforment le fait que le Che n’apparaît plus en public afin de répandre le bruit selon lequel il aurait été liquidé par Fidel suite à de graves conflits idéologiques parmi les hautes instances cubaines. Dans leurs émissions destinées à la Chine, les États-Unis prétendent que le Che a été assassiné à cause de ses points de vue prochinois, tandis que dans les émissions destinées au bloc de l’Est, ils prétendent exactement le contraire. Le 24 avril, le Che, parti de Tanzanie, arrive à proximité du port de Kigoma, sur la rive du lac Tanganyika. Quatorze Cubains débarquent en dehors de la zone du port, afin de contourner les patrouilles des mercenaires belges. Ils débarquent dans l’eau. De là, le Che se dirige sur Kibamba, au Congo. Le 9 mai, il réussit à établir le contact avec le premier groupe de guérilleros. Il leur explique qu’il est venu pour assurer des formations en matière de guérilla, suite à la demande adressée à Fidel Castro par Gastán Soumaliot et Laurent-Désiré Kabila. Il désire combattre à leurs côtés dans les opérations qu’ils mettront sur pied. Il est à leur entière disposition. Il lance une école de guerre qui s’appellera ”La Base”,
Le 23 mai, il rencontre Benoît Mitudidi avec qui il discute de la situation militaire. Mitudidi entame le travail de structuration des combattants congolais. Le 7 juin, la nouvelle parvient au Che que Mitudidi s’est noyé. Le 29 juin, le Che participe aux premiers rangs à l’attaque d’une caserne. Naît une discussion animée, parce que les autres veulent le protéger et le tenir à l’écart des toutes premiëres lignes. Au cours des combats, quatorze Rwandais et quatre Cubains perdent la vie.
Le 7 juillet, le Che rencontre Laurent-Désiré Kabila, qui lui promet de l’accompagner au cours d’une visite des différents fronts de l’intérieur du pays. Cependant, Kabila part pour Kigoma, et les visites sont reportées. Le l6 août, sept soldacs perdent la vie, parmi lesquels deux sous-officier belges et trois sud-africains, au cours d’une embuscade tendue par la guérilla.
En novembre, la situation sur les différents fronts - entre autres, du fait des
discussions incessantes encre les différents dirigeants révolutionnaires - semble être si confuse qu’un nombre sane cesse croissant de guérilleros abandonnent la lutte. Il est décidé en compagnie des Congolais que les Cubains vont se retirer. La mission a duré sept mois, pendant lesquels les Cubains ont participé à plus d’une cinquantaine d’actions. En décembre, le Che fait route en secret vers le bloc de l’Est et...
1966
00:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : che, che guevara, el che








